Jazz In Lyon

La Revue De Disques – Février 2021

Pour achever l’hiver en beauté quelques pépites discographiques glanées ici et là, de France ou d’ailleurs. Faites vous plaisir !

LARRY CORYELL & PHILIP CATHERINE . The last call

Act Music

Larry Coryell : guitare
Philip Catherine : guitare

Jan Lundgren : piano
Lars Danielsson : contrebasse
Paolo Fresu : trompette

Enregistré en concert dans la série « Jazz at the Philharmonic », ce onzième opus du genre réunit cinq acteurs majeurs de la scène jazz. Plus encore ce disque enregistré le 24 janvier 2017 est le dernier dans lequel apparait Larry Coryell qui décéda subitement le 19 février suivant à l’âge de soixante-treize ans. Le retrouver une dernière fois en compagnie de Philip Catherine, avec lequel il enregistra en 1976 et 1978 les fameux duos « Twin house » et « Splendid » fut donc un plaisir. Certains thèmes joués viennent de cette époque lointaine (40 ans) et n’ont pas pris une ride et l’on perçoit à tous moments l’implication amicale qui unit l’américain et l’anglo-belge. Rejoints par Jan Lundgren, Lars Danielsson et Paolo Fresu sur les trois derniers morceaux, ils retournent aux standards. Catherine joue un Embraceable you swinguant, après quoi Coryell se lance dans un Bag’s groove de funambule avec Danielsson et d’ailleurs, ils se marrent franchement. Pour finir le cinq s’attaque ensemble à un Green dolphin street très relevé d’où suinte le plaisir de jouer ensemble. Un bel album en forme d’hommage qui ne déplaira à personne. Bien au contrraire…

https://www.actmusic.com/en/Artists/Philip-Catherine/Jazz-at-Berlin-Philharmonic-XI-The-Last-Call/Jazz-at-Berlin-Philharmonic-XI-The-Last-Call


CARL SCHLOSSER & ALAIN JEAN MARIE . We’ll be together again

Camilles productions

Carl Schlosser : flûtes
Alain Jean Marie : piano

Les duos piano / flûte ne sont pas légion dans le monde du jazz. Le seul que l’on ait à disposition chez nous n’est pas d’hier, c’est le duo de Jeremy Steig et Bill Evans (1969). Peu importe. Avec ce disque, Carl Schlosser et Alain Jean Marie font la part belle à des standards aux mélodies imparables (pléonasme). C’est donc intime, pétrie de sensibilité, toujours créatif et musicalement intelligent. Ce qui nous étonne est la date de l’enregistrement : 2002. Que s’est-il passé dans la tête des maisons de disques qui ont ignoré ce beau moment de musique ? On ne le saura jamais, mais l’on remercie Camille productions d’avoir exhumé ces bandes où les deux musiciens renouvellent, avec une grande complicité, l’approche de ces thèmes bien connus des amateurs de jazz mainstream.

Si Carl Schlosser est moins célèbre que son compère pianiste, il n’en demeure pas moins qu’il est un instrumentiste redoutable de précision et de finesse. Associé au lyrisme discret du légendaire guadeloupéen, son jeu fait merveille. Expressif dans l’intériorité et savamment empreint d’une forme rare de tendresse musicale, ce Cd dans son ensemble est un bel exemple de symbiose musicale entre musiciens inspirés.

http://www.alainjeanmarie.com/


ARCHIE SHEPP & JASON MORAN . Let my people go

Archieball

Archie Shepp : saxophones, voix
Jason Moran : piano

http://www.archieshepp.org/
http://www.jasonmoran.com/


BENOIT DELBECQ . The weight of light

Pyroclastic Records

Benoit Delbecq : piano

S’il est un maître du piano préparé en France, l’on peut affirmer sans erreur que c’est Benoit Delbecq. Son album solo qui paraît chez Pyroclastic Records, belle maison qui soutient des artistes tels Marylin Crispell, Eric Revis, Craig Taborn et quelques autres, le démontre une fois de plus. Mais, en soi, cela ne suffit pas pour faire un beau disque. Au-delà de la technique et de ses astuces, il faut des idées, des désirs et une vision constitutive d’un univers musical. Il se trouve que le pianiste possède tout cela et c’est la raison pour laquelle il est reconnu dans le monde du jazz. Dans ce disque où les lignes brisées sont autant d’indices de la mélodie en cours, dans ce disque où les structures percussives sont aussi présentes que retenues, Benoit Delbecq impose une sorte de suite cellulaire articulée autour de transitions multiples qui définissent les contours visuels de son propos musical, un propos dont le mouvement pour indistinct qu’il puisse sembler n’en est pas moins cohérent. Dans cette musique suspendue, les ombres découpent la lumière et, qui sait, l’inverse est peut-être également valide. En demi-teinte, et en apesanteur, les textures développées par le pianiste suggèrent que sa vision de la forme dépend du mouvement ; ce qui nous rappelle le jeu de certains batteurs coloristes plus attachés aux volumes de l’espace qu’à la rythmique à proprement parler. D’un bout à l’autre, « The weight of light » donne à écouter une introspection légèrement irradiante et densément interrogative sur un ressenti personnel qui tend vers l’universel : est-on plus léger sans lumière ?

https://delbecq.net/bd/bd2.html


AIRELLE BESSON . Try !

Papillon jaune

Airelle Besson : trompette
Benjamin Moussay : piano, Fender Rhodes
Isabel Sörling : voix
Fabrice Moreau : batterie

Quatre ans après le premier album du quartet ici à nouveau réunis, Airelle Besson remet le couvert avec la même réussite. Bien que ce « Try ! » apparaisse un peu plus libre dans son écriture, les quatre participants qui avaient créé une musique d’alchimiste n’ont pas perdu la veine. Ils sont toujours capables de nous faire voyager sur des mélodies entêtantes, aériennes et marquées, profondément, par une qualité mélodique plutôt rare par les temps qui courent. Si le chant d’Isabel Sörling lié au jeu délicat d’Airelle Besson fait merveille, Benjamin Moussay et Fabrice Moreau ne sont pas en reste pour donner une ossature solide qui soutient l’ensemble avec une très souple rigueur. Original dans l’idée, plutôt classiquement moderne dans l’interprétation, ce disque possède le charme des musiques qui, ne parlant que pour elles-mêmes, parlent au plus grand nombre. Non dénuée de souffle, elle se livre à l’espace en toute intimité et nous embarque à ses côtés dans ses histoires avec une aisance déconcertante. Recommandé.

http://www.airellebesson.com/pages/


JOACHIM KÜHN . Touche the light

Ecm

Joachim Kühn : piano

Dans ce disque de ballades enregistrées sur un peu plus d’une année, Joachim Kühn va glaner en tout point du spectre musical les thèmes qu’il a aimé et aime encore ; et cela constitue une playlist hétérogène que seul un immense pianiste peut gérer sans se planter. Mais il eut été surprenant que nous fussions déçus par le pianiste allemand, comme on dit. De fait, à chaque morceau, on le sent très relâché dans son jeu et tout aussi affûté sur la réinvention en cours. Qu’il exhume le vieux Ludwig ou un thème iconique de Marley, il en tire toujours quelque chose qui accroche l’oreille et séduit. Plutôt économe de ses notes dans ses relectures, Joachim Kühn a tout fait sur son Steinway personnel, chez lui, et les treize morceaux présents dans l’album sont une sélection issue d’une quarantaine de titres, quelquefois plusieurs versions d’un même thème, envoyés à Siggi Loch. Et pour être tout à fait franc avec vous, nous aimons tellement ce disque que l’on n’a rien à en dire. Nous préférons l’écouter.

https://www.actmusic.com/en/Artists/Joachim-Kuehn


 

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