Jazz In Lyon

Hommage : Wayne Shorter, si intime de l’histoire de Jazz à Vienne

Wayne Shorter © Jean-François Picaut

Il fut l’un des plus fidèles, des plus constants du festival qui fête cette année sa 42ème édition.  Jean-Paul Boutellier, le fondateur du festival, a accompagné durant toutes ces décennies les apparitions de Wayne Shorter au théâtre antique comme à l’auditorium de Lyon…..jusqu’à organiser avec lui, en 2011, ce « Tribute to Miles Davis », sur cette même scène où Miles avait donné, en juillet 1991, son tout dernier concert

Au moment de présenter sa 42ème édition, Jazz à Vienne perd l’une de ses figures les plus familières, Wayne Shorter. A sa façon, comme Miles, Chick Corea, Herbie Hancock, Marcus Miller, et quelques autres, Wayne Shorter a « scandé » Jazz à Vienne, a été l’un des témoins privilégiés de l’envol de cette scène et de l’importance qu’elle a prise au fil des ans dans le paysage du jazz hexagonal et européen.
Jazz à Vienne le lui rendait bien.

Reste pour les festivaliers qui loupaient rarement un concert du saxophoniste, à Vienne ou à l’auditorium de Lyon, une multitude de souvenirs dont, surtout, cette ambiance si particulière du théâtre antique ces soirs-là, à quelques minutes de retrouver l’un des musiciens les plus inventifs et les plus vifs qu’il nous ait été donnés d’écouter.

Au-delà de ces souvenirs, il reste tous ces albums et ces captations vidéo en accès libre sur la toile (ci-dessous les liens de quelques-uns des plus beaux moments de Wayne Shorter à Jazz à Vienne au cours de la dernière décennie).
Parmi tous ceux dont la route a croisé celle de Wayne Shorter, il en est un évidemment qui a suivi-ausculté-apprécié, voire fomenté les visites de ce musicien, c’est Jean-Paul Boutellier, fondateur du festival en 1980.
Souvenirs…..

Si vous deviez citer un souvenir particulier de Wayne Shorter à Vienne, lequel ?

C’est celui de 2011 lorsqu’il est en compagnie d’Herbie Hancock et de Marcus Miller. Cela se passe à Lyon avec de très beaux arrangements et l’Orchestre symphonique. Pour moi c’est le meilleur. Un très beau truc, assez original Ca a été tourné, enregistré. Par la suite, ca a été rejoué à Vienne et à Paris mais le concert de Lyon a été le meilleur. Autrement, Wayne Shorter est venu souvent à Jazz à Vienne, dans des configurations différentes, en quartet, en quintet. (Voir ci-dessous les différentes captations vidéo disponibles sur la toile).

Est-il l’un de ceux qui a le plus joué à Vienne ?

Non. De loin, celui qui a joué le plus à Vienne est Eric Lenini, même si Herbie Hancock est en effet venu très souvent.

Votre premier souvenir du saxophoniste ?

C’est un des premiers concerts de Wayne avec Santana, qui s’est déroulé en 1989/1990. Pas variétoche du tout. Et c’est l’un des premiers concerts que l’on a filmés (et qu’on peut retrouver sur Youtube). C’est d’ailleurs à cause de ce concert que j’ai eu le contrat de M6. On a fait tout le truc qui a été très important pour Vienne. Les concerts de M6 passaient à 23h30. C’était la plus grosse audience. Ses pubs permettaient de payer les musiciens, la réalisation et même les écrans. C’est comme ça qu’on a payé les écrans. C’était gagnant-gagnant.
Mais, en fait, j’ai vu Wayne Shorter à Vienne avant même Jazz à Vienne. Il était en effet venu quelques temps avant avec Joe Zawinul et le Weather Report.

C’est aussi l’époque où France-Inter devient le grand complice du festival ?

Oui. Ce fut même avant le lancement du festival. Un jour je reçois un coup de fil de Pierre Bouteiller qui m’explique qu’il est à la Foire de Lyon. Il a entendu dire que nous lancions un festival et il m’invite à l’y rejoindre pour en parler. On a eu la collaboration de France Inter tout de suite, grâce à lui donc et d’André Francis.

Un concert reste dans les mémoires, celui donné 20 ans après la disparition de Miles au théâtre antique. En 2011 donc. .?

Oui ce concert « Tribute for Miles », avec Herbie Hancock et Marcus Miller. C’est nous qui l’avions organisé. Il y a du avoir 7 à 8 concerts donnés alors mais celui de Vienne est le meilleur. Avec pour invité à la fin John Scofield. C’était donc un spécial Miles Davis, 20 ans après sa disparition et 20 ans après son dernier concert à Jazz à Vienne (en juillet 1991 *). J’avais envie de faire un truc en hommage à Miles et on avait tout préparé avec Marcus, sans passer par les tourneurs. Ca revenait d’ailleurs moins cher de le faire sans eux. Malheureusement il n’y a pas de disque qui a suivi. Il y en aura peut-être un. Ca me plairait de le sortir.

Concernant la personnalité de ce musicien, comment le perceviez-vous ?

Avec Herbie Hancock ou Chick Korea on parlait beaucoup. Avec Wayne Shorter, je n’ai pas trop de souvenirs. J’ai plus discuté avec lui à Lyon : c’était surtout un musicien pour des musiciens : au niveau technique il aimait beaucoup parler de ça. Un souvenir reste plus aigu, plus tragique : celui de son passage en 1996. Le lendemain de son concert, il devait retrouver son épouse à l’aéroport de Lyon-Satolas. Elle arrivait de New-York via Roissy. Wayne s’est rendu à l’aéroport ce matin-là. C’est là qu’il a appris le crash de l’avion dans lequel elle se trouvait (**).
Pour le reste, c’est un grand musicien mais c’est aussi un extraordinaire compositeur. Dans le groupe de Miles, c’est lui qui fait les compositions. Et iI a d’ailleurs beaucoup marqué Miles, précisément par ses compositions.
Il y a quelque chose de frappant chez Wayne Shorter : quand Coltrane a disparu, on a eu l’impression qu’il était irremplaçable, notamment grâce à un free jazz qui était audible. Et c’est alors qu’il y a eu Wayne Shorter. C’était une suite. Or, vous remarquerez que lorsque Miles a disparu, il n’y a pas eu vraiment de suite.
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* Cet ultime concert de Miles au théâtre antique est resté dans les mémoires : son contexte, l’affluence, la pluie, bien sûr la performance musicale de cette soirée et pour finir, cette façon qu’eut Miles de venir à l’avant scène saluer le public, de relever ses lunettes et de rester ainsi durant de longues secondes devant le public, aux anges. Le trompettiste s’éteignait quelques semaines après.

** Le Boeing 747 de la TWA (compagnie américaine aujourd’hui disparue) avait décollé le 17 juillet 1996 de New-York pour Rome via Paris-Charles-de-Gaulle à 20h19. A son bord, 230 personnes dont 212 passagers et 18 membres d’équipage (pilotes et PNC). 12 minutes après, l’avion s’écrase dans l’océan (son dernier message est de 20h30). Une longue enquête a suivi. Plusieurs hypothèses ont circulé (missile égaré etc) avant que le NTSB conclut à une explosion dans le réservoir central de l’appareil. Parmi les passagers, se trouvaient donc Ana Maria Shorter, la femme de Wayne Shorter, Marcel Dadi, un guitariste français attachant et Rodolphe Mérieux, 26 ans, biologiste, fils d’Alain Mérieux. L’épave du 747 a été patiemment reconstituée à des fins d’abord d’enquête puis de formation. En juillet 2021, le NTSB a décidé d’arrêter de l’utiliser et de la démanteler. En accord avec les familles des victimes, il a été décidé de ne pas l’exposer.

En radio :

. France Culture : Wayne Shorter, un Albatros du jazz, le 5 mars 2023 (46 mn). Etoffée de 12 morceaux évoquant les principales étapes musicales du saxophoniste https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-serie-musicale/wayne-shorter-un-albatros-du-jazz-3304376
. RFI : Wayne Shorter, le philosophe par Joe Farmer, le 20 septembre 2014. https://musique.rfi.fr/emission/info/epopee-musiques-noires/20140920-wayne-shorter-le-philosophe
. France Musique : Jazz in Marciac (Alex Duthil) le 30 juillet 2013. https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/le-magazine-des-festivals/en-direct-du-festival-jazz-in-marciac-1-3-1725051
. France Musique : « Jazz Eté » : Wayne Shorter, une série de 8 épisodes (près de 8 heures d’écoute). Chaque épisode consacrée à une période spécifique du musicien (Jazz Messengers, Miles Davis, années Blue Note, Weather Report etc jusqu’en 2013). https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/serie-wayne-shorter-une-vie-de-jazz
. TSF : « Goodbye Wayne Shorter », (poadcast). En intégralité, un entretien long en cinq parties que le saxophoniste avait accordé il y a vingt ans, dans le cadre d’une émission nommée Jazz Story. (Aller sur le site de TSF et laissez-vous guider). https://www.tsfjazz.com/programmes/Nos-Archives

En vidéo :

En cherchant, vous trouverez des dizaines de retransmissions de concerts, provenant d’un peu partout en Europe (concerts en salle, festivals d’été). On retiendra avant tout :
– Jazz à Vienne : juillet 199. Wayne Shorter en quartet (Herbie Hancock, Stanley Clarke, Omar Hakim)
– Jazz à Vienne : 1er juillet 1996. Wayne Shorter en quintet. https://www.youtube.com/watch?v=ECrq2bozvzE
– Jazz à Vienne : Juillet 2001. Wayne Shorter : Masquarelo, Atlantis en quartet (juillet 2001). https://www.youtube.com/watch?v=Ivbl776AiSM
– Jazz à Vienne : 4 juillet 2003. Wayne Shorter en quartet + l’ONL (toujours avec Brian Blade, John Pattitucci et Danilo Perez) (52 mn) https://www.youtube.com/watch?v=hbgV42oSbhU.
– Jazz à Vienne en 2004 https://www.youtube.com/watch?v=xLKcQFYnZSU
– Jazz à Vienne : Juillet 2010.Wayne Shorter en quartet (52 mn). Fameux (sur Mezzo)https://www.youtube.com/watch?v=0UeqbMV1d0k
– Jazz à Vienne : 12 juillet 2011. Wayne Shorter avec Herbie Hancock, Marcus Miller, Sean Jones, Sean Rick. (Le fameux concert Tribute to Miles)

Et pour conclure :

Culturadvisor propose une playlist couvrant l’ensemble de la carrière du saxophoniste.

Notre playlist en hommage à Wayne Shorter !

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